Cotisations TNS en EURL : le guide chiffré complet
En tant que gérant d'EURL, vos cotisations TNS représentent environ 45 % de votre rémunération nette — mais ce chiffre cache une mécanique complexe que peu de dirigeants maîtrisent vraiment. Voici la décomposition complète, poste par poste, avec les taux réels.
Qui est concerné par les cotisations TNS ?
En EURL, le gérant associé unique ou détenant plus de 50 % des parts relève automatiquement du statut de Travailleur Non Salarié (TNS). Il dépend de la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI), désormais intégrée au régime général mais gérée via l'Urssaf.
Ce régime est distinct du régime assimilé-salarié applicable aux présidents de SASU. La différence fondamentale : les cotisations TNS sont calculées sur la rémunération nette de gérance, et non sur un salaire brut soumis à charges patronales et salariales séparées. Il n'y a pas de distinction "part patronale / part salariale" en TNS — tout est porté par le dirigeant.
La décomposition ligne par ligne des cotisations TNS
Les cotisations TNS se répartissent en sept branches distinctes. Chacune a son assiette, ses tranches et son taux. Voici le détail pour 2025-2026.
| Branche | Taux | Assiette / plafond | Organisme |
|---|---|---|---|
| Retraite de base | 17,75 % | Jusqu'à 1 PASS (46 368 €) | Urssaf / CNAV |
| Retraite de base (tranche sup.) | 0,60 % | Au-delà du PASS | Urssaf / CNAV |
| Retraite complémentaire | 7,00 % | Jusqu'à 37 846 € (T1) | RCI / SSI |
| Retraite complémentaire (T2) | 8,00 % | De 37 846 € à 4 PASS | RCI / SSI |
| Invalidité-décès | 1,30 % | Jusqu'à 1 PASS | SSI |
| Maladie-maternité | 6,50 % | Revenus < 40 % PASS (bas revenus) | Urssaf |
| Maladie-maternité (taux plein) | 6,50 % → 7,20 % | Revenus entre 40 % et 110 % PASS | Urssaf |
| Indemnités journalières | 0,85 % | Jusqu'à 3 PASS | Urssaf |
| Allocations familiales | 0 % à 3,10 % | 0 % si revenus < 110 % PASS ; 3,10 % au-delà | Urssaf |
| CSG déductible | 6,80 % | Revenus professionnels + cotisations sociales | Urssaf |
| CSG non déductible + CRDS | 2,90 % | Même assiette élargie | Urssaf |
| Formation professionnelle | 0,25 % | Sur le PASS | Urssaf |
| Total effectif estimé | ~43–47 % | Sur la rémunération nette |
PASS 2025 : 46 368 €. Les taux varient légèrement selon les tranches de revenus et les mises à jour annuelles de l'Urssaf.
L'assiette des cotisations : un point souvent mal compris
Les cotisations TNS s'appliquent sur votre rémunération nette de gérance, c'est-à-dire le montant que vous vous versez depuis la société avant impôt sur le revenu, mais après déduction des cotisations sociales elles-mêmes. C'est une assiette circulaire : les cotisations s'appliquent sur une base qui inclut... les cotisations. En pratique, l'Urssaf utilise une base de calcul spécifique pour résoudre ce cercle.
Les dividendes ne sont pas automatiquement exempts de cotisations TNS en EURL. La fraction dépassant 10 % du capital social additionné des comptes courants d'associés est intégrée dans l'assiette des cotisations sociales.
C'est le piège classique : un gérant d'EURL qui se verse peu de rémunération et beaucoup de dividendes pense échapper aux cotisations TNS — mais si les dividendes dépassent le seuil de 10 %, la fraction excédentaire est requalifiée en rémunération et soumise aux cotisations. Ce mécanisme n'existe pas en SASU, où 100 % des dividendes sont soumis uniquement au PFU à 31,4 %, sans cotisations sociales.
Exemple concret : rémunération 60 000 € net
Pour un gérant d'EURL se versant 60 000 € de rémunération nette annuelle, les cotisations TNS se décomposent approximativement ainsi :
- Retraite de base : ~8 229 € (17,75 % sur les premiers 46 368 €)
- Retraite complémentaire : ~4 200 € (7 % sur les premiers 37 846 €, puis 8 % au-delà)
- Invalidité-décès : ~603 € (1,30 % sur les premiers 46 368 €)
- Maladie-maternité : ~4 320 € (~7,20 % sur le revenu)
- Indemnités journalières : ~510 € (0,85 %)
- Allocations familiales : ~1 860 € (3,10 % au-delà du seuil)
- CSG/CRDS : ~5 808 € (9,70 % sur assiette élargie)
- Formation : ~116 € (0,25 % sur PASS)
Total estimé : environ 25 600 € de cotisations pour 60 000 € de rémunération nette, soit un taux effectif d'environ 43 %. À 80 000 € de rémunération, le taux monte vers 46–47 % car les allocations familiales s'appliquent à taux plein sur une assiette plus large.
La régularisation en N+2 : la surprise désagréable
Les cotisations TNS sont provisionnelles. L'Urssaf vous demande des acomptes calculés sur la base de vos revenus de l'année N-1 (ou sur une base forfaitaire les premières années). La régularisation intervient en N+1 ou N+2, une fois votre déclaration de revenus traitée.
En pratique, voici ce qui se passe :
- Vous payez des acomptes mensuels ou trimestriels basés sur l'année précédente.
- En début d'activité (années 1 et 2), l'Urssaf fixe une base forfaitaire faible — les cotisations provisionnelles sont donc basses.
- En année 3, la régularisation arrive : vous devez payer la différence entre ce que vous avez réellement gagné et ce que vous avez provisionné.
- Si votre CA a fortement progressé, la régularisation peut représenter plusieurs milliers d'euros à régler en une fois.
Le réflexe indispensable : dès la première année rentable, provisionner chaque mois environ 45 % de votre rémunération nette sur un compte dédié. Ne pas le faire, c'est s'exposer à une régularisation qui déstabilise la trésorerie.
Comparatif TNS vs assimilé-salarié sur un revenu cible identique
Pour comprendre la différence réelle, partons d'un objectif identique : percevoir 48 000 € net annuel.
| EURL — TNS | SASU — Assimilé-salarié | |
|---|---|---|
| Revenu net cible | 48 000 € | 48 000 € |
| Cotisations sociales | ~21 600 € (45 %) | ~57 600 € (120 % du net) |
| Coût total pour la société | ~69 600 € | ~105 600 € |
| Économie en faveur du TNS | ~36 000 € par an restant dans la société | |
| Protection maladie (IJ) | Faible les 3 premières années | Régime général dès J+1 |
| Retraite reconstituée | Inférieure à un cadre équivalent | Équivalente au régime général |
| Dividendes soumis à cotisations | Oui, au-delà de 10 % du capital | Non — PFU 31,4 % uniquement |
L'économie de cotisations en TNS est réelle — mais elle s'accompagne d'une protection sociale structurellement plus faible. Pour compenser, nombre de gérants d'EURL souscrivent un contrat de prévoyance TNS (loi Madelin ou PER), dont les cotisations sont déductibles du revenu imposable.
Ce que ça donne en termes de protection sociale
La retraite TNS
Les droits à la retraite acquis en TNS sont calculés sur la base des points de retraite complémentaire RCI (Retraite Complémentaire des Indépendants). Pour une carrière complète en TNS, la pension est structurellement plus basse qu'une carrière équivalente au régime général — de l'ordre de 20 à 30 % d'écart selon les simulations. C'est un argument fort pour intégrer une épargne retraite privée (PER, assurance-vie) dès le début de l'activité.
Les indemnités journalières
En cas d'arrêt maladie, les IJ TNS sont faibles les premières années : environ 22 € brut par jour après 3 jours de carence, plafonnées à 1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années. En comparaison, un assimilé-salarié en SASU perçoit les IJ du régime général dès le 4e jour, calculées sur le salaire brut réel.
Ce qu'il faut retenir
Les cotisations TNS en EURL représentent un coût effectif d'environ 43 à 47 % de la rémunération nette du gérant. Ce taux est inférieur au coût total du régime assimilé-salarié en SASU (environ 120 % du net), mais il couvre une protection sociale moins complète. Les points de vigilance essentiels :
- Provisionner systématiquement environ 45 % de chaque virement de rémunération pour éviter les mauvaises surprises lors de la régularisation.
- Surveiller le seuil des dividendes : au-delà de 10 % du capital social + CCA, les dividendes entrent dans l'assiette TNS.
- Compenser la faiblesse de la retraite TNS avec un PER ou une épargne structurée, dont les versements sont déductibles (plafond Madelin).
- Souscrire une prévoyance privée pour couvrir les arrêts maladie de longue durée, surtout les premières années d'activité.
La bonne décision — EURL TNS ou SASU assimilé-salarié — dépend de votre niveau de rémunération souhaité, de votre CA et de vos objectifs patrimoniaux. Un modèle financier sur votre situation réelle permet de quantifier précisément l'écart, poste par poste.
Votre situation est unique.
Ces calculs sont des ordres de grandeur. Un diagnostic complet modélise votre situation réelle — CA, charges, objectifs, fiscalité personnelle — pour vous donner une réponse chiffrée sur votre cas précis.
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